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liens vers les nouvellesCliquez sur l'îcone pour découvrir les nouvelles : catégorie "Enfants"

Catégorie 10/17 ans

1er prix : Le géant végétal de Marie Descroix (50€ et 3 livres offerts par Supermarché Match)
2e prix : Quand la dansophobie devient un problème de Sophie Bouchard (25€ et 3 livres offerts par l'office de la culture)
3e prix : Jour sans fin de Yuna Lamarque (3 livres offerts par l'office de la culture)

Catégorie 18/118 ans

1er prix : Le bal de la comtesse de Clémence Ardin ((50€ et 3 livres offerts par le Domaine de Rebetz)
2e prix : Le vieil homme de Yanic Dubourg (25€ et 3 livres offerts par l'office de la culture)
3e prix : Le rêveur de la foulerie de Francis Lamarque (3 livres offerts par l'office de la culture)



Nouvelles catégorie 18/118 ans

Le bal de la Comtesse


Si l'on m'avait raconté ce que je m'apprête à livrer, je ne l'aurais jamais cru, et pour cause, croire demande des preuves tangibles, et je n'ai pas ce genre de preuves, tout ce que j'ai, c'est le sentiment intime que ce j'ai vécu est unique. Pas réel, nul ne saurait le dire, mais unique.
Une fois n'est pas coutume, je dois faire un reportage sur un sujet qui ne m'intéresse pas : dépeindre le quotidien d'une petite ville de campagne. Pour une parisienne dans mon genre, c'est à peu près comparable à de la torture. C'est donc la mort dans l'âme que je gare ma voiture sur un parking attenant à ce qui semble être un petit parc et que je me dirige vers l'hôtel de l'autre côté de la rue. Installée dans ma chambre, je tente de mettre en place mon kit de survie. Malheureusement le signal wifi étant faible, je me retrouve sans accès à Internet, sans réseau sur mon téléphone portable et sans aucun programme intéressant à la télévision, bref, seule au monde. Intérieurement, je maudis mon patron. J'essaie de lire, mais en vain, et finis donc assise dans un fauteuil douillet au bord de la fenêtre, à tenter de commencer mon travail d'observation de la ville. Cependant, à plus de 23 heures, la ville est pour le moins endormie. Les réverbères éclairent la rue désertée où les commerces s'alignent. Le silence règne, inquiétant. En face de moi se trouve la petite rue dans laquelle est garée ma voiture, et au bout ce qui s'avère être plus une place qu'un parc. Au milieu de cette place trône un arbre gigantesque, majestueux, baigné dans une lumière tamisée qui lui donne un aspect mystérieux. Je suis comme absorbée par cette vision onirique, et je reste fixée sur cet arbre, perdant toute notion d'espace et de temps. Tout à coup, une ombre passe sur la place, rapide, fugace. Sortie de ma rêverie, je tente d'observer plus sérieusement la place, mais de loin, cet exercice s'avère compliqué.
Toutefois, après quelques instants, je vois réapparaître plus qu'une ombre : une silhouette. Il s'agit d'une femme dans une robe d'une autre époque, pleine de volants et volumineuse, elle est bientôt rejointe par tout un groupe habillé dans des costumes anciens, rappelant le Second Empire. C'est alors que l'impossible se produit : l'arbre se met à scintiller, comme si des centaines de petites lumières avaient été fixées dans son feuillage, et une musique douce et enivrante se fait entendre. Le groupe d'amis entame une valse autour de l'arbre. Ils semblent virevolter. Je reste interdite, observant ce bal improvisé de mes yeux ébahis. Puis, ma conscience professionnelle resurgissant, j'attrape mon appareil photo et commence à prendre quelques clichés de l'évènement. Soudain, comme elle est apparue, la musique cesse et le groupe se disperse. J'essaie d'apercevoir des visages, mais en vain, ils semblent s'être tous évaporés.
Intriguée par le spectacle auquel je viens d'assister, je me rassois dans mon fauteuil, et tente de rejouer la scène dans mon esprit. Tout cela est tellement étrange. Je ne sais pas combien de temps je reste là, à essayer d'organiser mes pensées, le fait est que je sombre dans un sommeil profond, et que je ne me réveille que le lendemain matin, vers 8 heures, encore tourmentée par mes aventures de la veille.
Après une bonne douche délassante, je descends prendre mon petit-déjeuner, bien décidée à en savoir plus sur le curieux évènement de la nuit passée. L'ambiance est détendue, assez familiale, rien avoir avec la plupart des hôtels parisiens, c'est donc naturellement que je vais discuter avec mon hôtesse. Notre conversation est d'abord alimentée par des banalités sur la ville, son fonctionnement, l'histoire de l'hôtel ; puis, peu à peu, nous dérivons sur les habituels cancans, et les traditions de la ville : la brocante, le salon du livre, etc. Le sujet s'y prêtant à merveille, je demande des informations sur la manifestation à laquelle j'ai assisté la veille. Mon étonnement est complet lorsque l'hôtesse me répond qu'elle ne voit pas de quoi je parle. Je lui décris donc la musique, les costumes, la valse autour de l'arbre, et n'obtiens qu'un regard inquiet. Je ne sais pas si elle soupçonne une technique secrète de journaliste pour tirer des informations, ou si elle pense que je suis folle, le fait est que je remonte dans ma chambre sans avoir été éclairée sur le mystérieux bal. Souhaitant rassembler mes affaires pour ma journée sur le terrain, je saisis mon appareil photo et me souviens des clichés que j'ai pris la veille. J'allume donc l'appareil afin de les visionner. Il n'y a rien. Enfin, si, il y a des photos, sauf que là où devrait se trouver un groupe de personnes dansant en costumes d'époques, il n'y a rien. Seul l'arbre trône, immense et mystérieux, au centre des clichés. Désemparée, je fixe mon appareil et remarque, là, à côté de l'arbre, une tâche floue. J'allume rapidement mon PC, transfère la photo sur mon logiciel de retouche, et zoome sur la tâche. Elle ne représente rien de particulier, mais elle est là, étrange, inquiétante, improbable. Je n'ai pas rêvé : il s'est bien passé quelque chose hier soir et il faut que je sache quoi. C'est donc en quête de réponses que je sors dans les rues ensoleillées de la ville.
La journée se passe relativement bien, les gens sont charmants, accueillants, prêts à échanger avec moi et je recueille toutes sortes d'histoires plus ou moins intéressantes pour mon article. Néanmoins, je n'obtiens aucun renseignement concernant mon bal. Je dis « mon » parce qu'il semble bel et bien que ce bal ne se soit passé que dans mon esprit. Personne n'a entendu la musique, personne n'a vu de gens sur la place, encore moins des gens en costumes d'époques entrain de danser. Il ne me reste plus qu'un endroit où aller : la place, appelée « la Foulerie », comme on me l'a appris aujourd'hui. Cette place est réellement magnifique, et l'arbre – s'avérant être un platane – qui trône en son centre, lui confère une majesté indéniable. J'imagine les fêtes communales qui doivent avoir lieu sur cette place, les lampions colorées accrochés aux branches de l'arbre et aux réverbères, la musique joyeuse, entraînante, les stands de Barbapapa et autres gourmandises, les rires, cette synergie qui ne règne que dans ces petites villes où tout le monde se connaît. Et je repense à la soirée de la veille. On aurait dit une de ces fêtes communales, bien que plus intime. Je reste assise sur un banc, perdue dans mes pensées, et ça n'est qu'au crépuscule que je rentre à l'hôtel. Je dîne sans vraiment savoir ce que je mange et je monte dans ma chambre. J'ai mûri cette décision toute la journée : ce soir, je resterai près de la fenêtre et j'attendrai. Je tire donc le fauteuil près de la fenêtre, l'ouvre en grand, prends mon appareil photo, et j'attends ce qui me semble être des heures. Cette attente n'est pas vaine. En effet, vers minuit, la musique crépite dans l'air, le platane se pare de ses gouttes de lumières, et le groupe apparaît de la même manière qu'hier : d'abord la silhouette féminine, puis d'un seul coup, jaillissant de nulle part, les autres danseurs prennent place sur la « piste » et entament leur valse aérienne. Le spectacle est d'une magnificence sans pareille. Enchanteur, magique. Je saisis mon appareil et commence à prendre quelques clichés, lorsque la silhouette féminine que j'avais remarqué dans un premier temps, s'arrête de danser, se retourne vers mon hôtel et fixe quelque chose. Ce quelque chose, c'est moi. Elle est là et me regarde. Je n'arrive pas à déchiffrer ses traits, je serai incapable de la décrire précisément, tout ce que je sais c'est qu'elle me voit autant que je la voie. Nous nous fixons quelques secondes. Les plus longues de mon existence. Soudain, elle se détourne, se dirige vers l'arbre, et semble inscrire quelque chose dessus. Une fois son oeuvre terminée, elle se retourne vers mois quelques instants, reprend sa danse, et, comme la veille, la musique cesse, les lumières s'éteignent, et le groupe disparaît. Sans réfléchir, j'attrape mon appareil, descends l'escalier à toute allure, sors de l'hôtel, et cours vers le platane. Il n'y a pas assez de lumière pour distinguer quoique ce soit sur le tronc. Je décide donc de prendre en photo l'endroit où j'ai vu écrire la mystérieuse femme, en espérant que le flash révèle quelque chose, n'importe quoi. Fébrile, je regarde les différents clichés que je viens de prendre. « Septembre 1870 ». C'est là, sur ma photo, et sûrement gravé sur cet arbre. C'est là, je ne rêve pas, j'ai une preuve. Je me hâte de regarder les autres photos, espérant avoir été aussi chanceuse, mais il n'y a rien, rien sauf une tâche floue, indescriptible.
Après cette aventure, il m'est impossible de dormir. Mon esprit bouillonne. J'ai peur. Peur d'être folle, peur de voir quelque chose de réel qui transcende toutes mes croyances, peur de ce que ces « visions » peuvent impliquer. Septembre 1870. Que s'est-il passé en Septembre 1870 ? Je m'endors finalement à l'aube, sans réponse.
Le lendemain, je décide de me rendre à la bibliothèque, mais avant cela, un détour par la Foulerie s'impose. J'inspecte le platane, tente de retrouver, à la lumière du jour, l'inscription présente sur mes clichés, mais il n'y a rien. Décontenancée, je m'assois contre l'arbre quelques minutes. Ce que je ressens alors est inédit. Un mélange de peine, de douceur, d'amour, de joie, de mélancolie, de douleur. Le sentiment d'avoir fait quelque chose de bien. C'est comme si cet arbre me protégeait, comme si rien ne pouvait m'arriver tant que je resterai là, assise contre son écorce. Mais la réalité se rappelle à moi, et c'est donc attristée que je quitte ce havre de paix et que je me dirige vers la bibliothèque. Bibliothèque est peut être un terme quelque peu exagéré pour une fille comme moi, habituée aux recherches à la BnF. Cependant, il faut lui reconnaître un certain charme, avec ses rayonnages peints en bleu clair. La bibliothécaire m'accueille gentiment et me donne accès à quelques ouvrages et périodiques concernant la vie de la ville au XIXe siècle. Je passe ma matinée à chercher en vain un indice, quelque chose pouvant m'aider à comprendre la mystérieuse inscription, mais rien. Cependant, quelques minutes avant la fermeture, je lis un article de journal relatant la célébration des 50 ans du platane de la Foulerie. Elle a eu lieu en 1930, en septembre 1930. Exactement 50 ans après la date inscrite sur le tronc de l'arbre. Deux pensées me viennent alors à l'esprit : ceci ne peut pas être une coïncidence, et l'inscription à bel et bien été écrite hier soir, et non en septembre 1870, puisque l'arbre n'était pas assez vieux pour qu'on y inscrive quelque chose. Après avoir fait une photocopie de l'article, je continue le travail entrepris pour la rédaction de mon propre article. A la fin de l'après-midi, je rentre à l'hôtel, et emprunte l'ordinateur de mon hôtesse. Après quelques recherches, j'apprends que le platane a été offert à la ville par une de ses résidentes, la Comtesse de Bréda, le 15 septembre 1870. Pourquoi ce présent à la ville ? Je n'en ai aucune idée, et je ne trouve rien de plus sur le net. Il faudrait que je consulte les journaux de la région pour en savoir plus, et le fond présent dans la bibliothèque ne remonte pas aussi loin. Interrompue par l'hôtesse afin de dîner, je laisse là le fil de mes pensées. Lorsque je remonte dans ma chambre, je suis prête pour la scène qui s'est jouée jusqu'alors, mais à minuit rien ne se passe. J'attends deux heures et commence à tomber de sommeil lorsque j'aperçois la silhouette, seule. Pas de musique, pas de lumière, pas d'amis, juste cette silhouette assise au creux de l'arbre, ainsi que je l'étais quelques heures plus tôt. Elle reste là un moment, sombre, et disparait comme elle est venue.
Le lendemain, je décide de poursuivre mes recherches aux archives départementales. Après quelques heures de recherches, je trouve deux articles très intéressants : le premier parle d'un groupe de jeunes hommes originaires de la petite ville, envoyés au front lors de la guerre contre la Prusse de 1870, et des fêtes données en l'honneur de leur départ; le second,relate l'inauguration du platane offert par la Comtesse de Bréda afin de commémorer la mort des soldats partis au front un mois plus tôt. Il est mentionné que, parmi ses soldats, se trouvait le jeune époux de la Comtesse. L'article est accompagné d'une photo. Là, entourée par le maire et d'autres personnes, j'aperçois une femme qui ne m'est pas inconnue. Je ne reconnais pas ses traits, je sais juste que c'est elle, la mystérieuse silhouette des nuits passées. Elle fixe l'objectif de son regard triste, et je sais ce qu'elle ressent : un mélange de peine, de douceur, d'amour, de joie, de mélancolie, de douleur. Le sentiment d'avoir fait quelque chose de bien.
Je rentre dans la petite ville, où je n'ai plus qu'un entretien avec le maire de programmé avant mon départ prévu pour le lendemain. Le maire m'accueille dans son bureau avec beaucoup de bienveillance, et réponds à chacune de mes questions avec patience, donnant des réponses détaillées et précises. J'ose alors lui demander quelle est l'histoire du fameux platane, planté sur une des places emblématiques de la ville. Le maire m'avoue alors ne pas savoir. Je lui raconte brièvement l'histoire, en omettant les bals nocturnes. Fasciné, il me demande des détails que je lui donne avec plaisir et nous arrivons à la conclusion qu'il serait bien de mettre une plaque commémorative sur la place, expliquant l'histoire de ce platane. L'entretien terminé, je me sens soulagée, heureuse de la proposition qui a été faite. Je rentre à l'hôtel, range mes affaires, finis l'article présentant la ville, et descends dîner. Lorsque je remonte, c'est très naturellement que je m'installe dans le fauteuil, près de la fenêtre. Toutefois, j'ai le sentiment que rien ne va se passer, et c'est le cas : rien ne se passe.
Quelques mois après cette aventure, j'ai reçu un carton d'invitation pour une cérémonie d'inauguration : celle de la plaque commémorative. Une exposition a été faite autour de l'arbre et je me devais d'apporter ma pierre à l'édifice : la voilà.

Le rêveur de la Foulerie.


Je venais de je ne sais trop où et j'allais vers je ne sais où, bref je cheminais au grès de mes humeurs vagabondes, nous étions à la fin de l'été.
Du côté de Boubiers l'air chaud tremblait au dessus de la campagne.
Le soleil tapait fort et je fis une courte halte à la Fontaine St-Gilles pour me désaltérer et poursuivis mon chemin jusqu'au Moulin Baudet et là je vis en face de moi au flanc d'une colline un curieux clocher carré inhabituel pour la région. Je décidais d'aller voir de plus près. S'offrit alors à mon regard un gros bourg trapu, tapi sous son église, assoupi sous le soleil ardent.
Je cheminais tranquillement le long du canal de Marquemont dans lequel je voyais quelques poissons au dos argenté qui prenaient le frais, j'aurai bien fait comme eux… puis je LE découvris : immense, majestueux, il dominait de sa haute stature les maisons du voisinage et la nature environnante.
Le platane de la Foulerie était là devant moi je le contemplai de mes grands yeux écarquillés. Ses larges branches écartées telles des bras accueillants semblaient me dire : viens vers moi ! Sous ces larges branchages une ombre claire mais dense m'invitait à une halte fraîche et reposante.
Je posai ma tête sur mon maigre baluchon de cheminot et m'allongeai dans un bien-être total.
Bien vite mes paupières devinrent lourdes, lourdes…
Soudain une pie avec son bel habit de soirée noir et blanc se posa sur mon bras et s'adressa à moi en jacassant, comme font les pies.
Tiens voilà que je comprends maintenant le langage des pies ? et de plus voilà que, comme la pie, je me surprends à jacasser !
La pie n'arrête pas de me poser des questions : qui es-tu ? d'où viens-tu ? où vas-tu ? ton nez est pointu ! ton chapeau est rigolo ! elle n'arrête pas, n'écoutant même pas mes débuts de réponse ; elle me saoule avec ses babillages à tel point que même un pigeon posé tout près de nous a arrêté de caracouler tant la pie nous casse les oreilles.
Mais que fais-je assis sur la plus haute branche du platane de la Foulerie ? moi qui ai le vertige comment ai-je pu me hisser à une telle hauteur ? la branche sur laquelle je suis assis, les pieds dans le vide, me semble si frêle que je n'ose bouger de peur de chuter.
Plongé dans mes interrogations j'en suis tiré par une voix étrange, énorme et frêle à la fois, une voix jamais entendue.
Qu'est-ce ? c'est le platane qui me parle ! un platane qui parle ? a-t-on jamais entendu chose pareille !? je vais te confier un secret me dit-il de sa voix indéfinissable de platane….quel est donc ce mystère ?
Ce n'est pas possible ! je dois rêver !
Pie arrête donc de jacasser je n'entends pas ce que me dit le platane de sa grosse voix pourtant presque inaudible à cause du vent. Il y a longtemps, longtemps, dit-il - je n'étais qu'une toute petite pousse de platane, personne ne me voyait, certain même me marchait dessus- je voyais des femmes, des enfants sauter toute la journée sur des fagots de lin dans les trous d'eau creusés à cet endroit, ils foulaient de leurs pieds nus le lin qui était arraché dans la plaine du Vivray du côté de Liancourt-Saint-Pierre, c'est pour cela que ce lieu s'appelle encore de nos jours la foulerie. Certains chantaient, mais beaucoup pleuraient, de froid, de faim, pour rien.
Les saisons passaient, chaudes, froides, sèches, pluvieuses et moi je grandissais de plus en plus, les autres arbres restaient tout petits et moi je grandissais, je grandissais chaque saison davantage.
Chaque année je voyais de plus en plus de gens venir autour de moi, souvent des bandes joyeuses de jeunes gens venaient danser l'été autour de mon tronc, parfois à la nuit tombée des couples d'amoureux venaient s'échanger de tendres promesses et aujourd'hui leurs enfants viennent s'égayer joyeusement sous mes frondaisons.
Mais un soir sous pluie battante et grand vent froid j'ai vu le gros marchand de Delincourt s'entretenir la nuit tombante avec le filou métayer d'Enancourt le Sec, j'ai entendu leurs méchantes paroles, j'ai vu le trou qu'ils firent entre mes racines, ils faillirent me faire mal ces malfaisants, j'ai vu, j'ai vu….
Je vais te le dire à toi mais ne le répète à personne, à personne entends –tu ? approche ! mais comment s'approcher de la bouche d'un platane qui n'a ni queue ni tête ! j'ouvris grandes mes oreilles prêtes à recueillir cette mystérieuse confidence mais je n'entendis que le jacassement de la pie, si fort qu'il me réveilla en sursaut.
Maudite pie arrête donc de jacasser si fort, tu m'as réveillé et, par ta faute, je ne connaîtrai jamais le mystère du platane de la Foulerie.
Eh oui ! je m'étais assoupie au bien être de l'ombre du platane, puis endormi j'avais sombré dans un rêve qui me faisait jacasser avec les pies et parler avec un platane….
Soudain l'orage fit rage, la pluie tombait en grosses gouttes lourdes. Le platane faisait le gros dos sous la bourrasque, sous les coups du vent le bout de ses branches s'ébrouaient comme le fait un chien mouillé sortant de l'eau faisant piailler les vieilles et rire les enfants.
Moi, bien à l'abri, contre le tronc du platane j'observai au delà du feuillage les nuages noirs zébrés des éclairs, mes oreilles abasourdies du fracas du tonnerre.
L'orage s'en alla du côté de Loconville et le soleil revint radieux, du sol autour du platane montait une légère brume et de suaves odeurs de sol humide et chaud.
Comme j'étais bien sous le mystérieux platane de la Foulerie ! je fermais de nouveau mes paupières, pas pour dormir mais pour savourer ces instants si agréables.
J'ouvris les yeux et vis au dessus de moi, autour de moi, le beau, le grand, le majestueux platane de la Foulerie.
Il était temps pour moi de reprendre mon chemin vers je ne sais où, mon maigre baluchon sur l'épaule ; pour éviter les encombrements de la grande rue je filais par la ruelle de la Foulerie.
Arrivé devant la bâtisse de l'ancien Couvent des Recollets je vis en sortir un beau Monsieur avec une belle écharpe tricolore, Monsieur le Maire sans doute, il me jeta un regard soupçonneux - le cheminot inquiète toujours un peu les braves gens – je le saluai avec déférence et lui lançait : savez-vous Monsieur ce qui est enfoui entre les racines du platane de la Foulerie ? Interloqué il me regarda, haussa les épaules, et poursuivit son chemin ; pour un fou il me prit assurément, pourtant s'il avait su que le platane de la Foulerie avait voulu me confier son secret !
Allez le voir ce mystérieux platane de la Foulerie ! il vous attend et peut-être qu'à vous….

Le vieil homme et Le platane


Maurice est arrivé à Chaumont en Vexin par le train en provenance de Paris, accompagné de son petit-fils. Auparavant ils étaient arrivés par le TGV à la gare d'Austerlitz, périple de plusieurs heures pour aller voir une dernière fois un vieux camarade. Ils descendent sur le quai pour prendre un taxi qui les emmène à ''La Grange de Saint Nicolas'', où ils vont passer quelques jours. Maurice est veuf depuis quelque mois et il a décidé de venir en pèlerinage dans la petite ville où il est né, il y a plus de quatre vingt dix ans. Chaumont n'a pas beaucoup changé, à moins que ce ne soit sa mémoire qui lui joue des tours, souhaitant plus que tout qu'elle reste comme il l'imaginait. Ce sont toujours les mêmes rues de son enfance, à part quelques bâtiments qui se sont refait une beauté, le centre de Chaumont n'a pas beaucoup changé. ''La Grange de Saint Nicolas'' se trouve en face d'une ruelle qui mène à la place de la Foulerie, là où Maurice à rendez-vous avec son vieux camarade qu'il peut apercevoir de l'hôtel. A son âge, même s'il a hâte, Maurice prend son temps en ayant d'autres priorités. Après un déjeuner copieux et une petite sieste, les deux hommes vont marcher dans les rues de Chaumont, Maurice se souvient qu'il y avait l'école des filles sur la place et qu'il venait souvent avec d'autres copains, quand ils faisaient l'école buissonnière, taquiner les jeunes filles. Maurice sourit en repensant à de vielles anecdotes et à son copain pierre avec qui, il a fait les quatre cent coups, ses premières bêtises, sa première cuite, ses premières rencontres, celui qui lui a présenté Madeleine, qui deviendra sa femme et qui le restera pendant soixante douze ans. Ensuite il y a eut cette foutue guerre qui lui a pris son copain Pierre en quarante quatre, quelques semaines avant la fin de la guerre, alors qu'ils patrouillaient dans les rues et les décombres de Beauvais, Pierre est mort dans ses bras abattu par un sale boche ; un sniper. C'est pour cette raison, entre autre, qu'il est partie de la commune, pour ne pas vivre avec le souvenir de Pierre à chaque coin de rue.
Depuis qu'ils sont sortis de l'hôtel, Maurice ne dit pas un mot, restant prostré dans un silence grave et dans le recueillement, lui pourtant si bavard. Conscient que les prochaines minutes seront intenses et émouvantes, son petit-fils n'ose pas rompre le silence. Ils avancent à petits pas, profitant de cet après-midi ensoleillé, surtout parce qu'il n'avait plus ses jambes de vingt ans, et se rapproche doucement de son vieux camarade, majestueux comme auparavant. Maurice et son petit-fils arrivent sur la place de la Foulerie inondée de soleil, occupée par des enfants et des parents qui jouent dans l'herbe.
- Laisse-moi tu veux ! dit Maurice à son petit-fils
- Tu es sur de vouloir rester tout seul ?
- Oui, ne t'inquiète pas, ça va aller, Maurice sort un téléphone portable de sa poche, je t'appelle si j'ai besoin ; il faut vivre avec son temps.
La municipalité a enjolivé le platane en plantant une petite bordure de haie tout autour de l'arbre en laissant, ou alors ce sont les gens et les enfants qui l'ont créé, un passage pour accéder au vieux platane. Il n'a plus ses branches basses, ce qui n'enlève rien de sa prestance, ils ont même installé une clôture le long du trottoir avec une chaine soutenue par quelques piquets à la façon d'une guirlande. Maurice fait le tour de l'arbre la tête en l'air en s'imprégnant des arômes et de l'atmosphère qui se dégage du lieu et se dit qu'il est encore plus beau que dans ses souvenirs, puis il pose sa canne au sol et enserre le tronc de ses bras en posant une joue contre l'écorce.
Le temps reste suspendu quelques dixièmes de seconds, perceptibles par toutes les personnes se trouvant dans le parc. Parents, enfants et badauds, cessent leurs activités quand le grand platane se met à trembler de toutes ses branches, de toutes ses feuilles ; de tout son être.
- Oh ! comme tu m'as manqué mon vieil ami ! dit Maurice
C'est une journée printanière agréable, ni trop chaude, ni trop froide, sans le moindre vent. Les gens présents dans le parc profitent de ce mercredi pour sortir les enfants au grand air, le printemps est déjà bien installé, les fleurs éclatent leurs couleurs à la face du monde et les bourgeons ont explosé pour exposer leurs belles feuilles vertes au soleil généreux, tout cet étalage philanthropique est un juste prélude aux grandes vacances. Malgré tout le vieux platane continue de trembler et de se bercer comme par grand vent. Quelques personnes s'approchent du vieil arbre apercevant le vieux monsieur enlaçant le tronc et se trouvent attendris devant tant d'émotion en assistant à une scène hors du commun. Ils retiennent leur respiration, ne faisant aucun bruit de peur de rompre le charme, laissant la magie opérer. Le vieil homme reste dans cette position un long, très long moment, bien après que le platane cesse de trembler, tournant la tête simplement pour poser son autre joue.
- Comment tu vas ? demande Maurice, j'ai beaucoup pensé à toi tu sais, maintenant je suis fatigué, vieux et fatigué ; tu parles d'un concept. Maurice parle à voix haute, sans se rendre compte des gens regroupés autour de lui et du platane, que quelques badauds photographient. Certain d'entre eux ressentent l'énergie dégagée par les deux protagonistes ; sûrement des bobos écolos, comme aimait dire sa femme Madeleine. La nuit est proche quand Maurice se détache du tronc en le caressant, faisant frémir les feuilles de l'arbre.
- Je reviens plus tard, il faut que je me restaure, nous avons tant de chose à nous dire.
Maurice rejoint son petit-fils à ''La Grange de Saint Nicolas'' pour diner.
- Est-ce que tu pourras me mettre une chaise sous le platane.
- Bien sur, tu veux que je te l'apporte quand ?
- Ce soir, après le souper !
- D'accord grand-père, pas de problème, je m'en charge.
Maurice rejoint le platane à la lueur des réverbères. Il met une main sur le tronc en souriant et se vautre plus qu'il ne s'assoit dans la chaise pliable mis à disposition par son petit-fils qui a eu la bonne idée de laisser un plaid plié dessus.
- Je radote, mon ami, surement à cause de mon âge, et je te le redis, tu m'as manqué, ça fait combien de temps…soixante, soixante cinq ans ! ça fait tellement longtemps. Je voulais venir te voir bien avant, mais tu sais ce que c'est, la vie…dernièrement j'ai ressenti l'envie de venir te revoir une dernière fois, les choses sans Madeleine ne sont plus comme avant et je n'ai pas envie d'être une charge pour qui que se soit, mais avant tout il fallait que je revienne, tu comprends ?
Maurice s'endort dans cette chaise pourtant fort peu confortable, harassé par le voyage en train ainsi que l'excitation de revoir son vieil ami. Le platane est parcouru d'un frisson jusque dans les bouts de ses branches.
- J'ai vu la vie autour de moi, j'ai vu aussi la mort malheureusement, j'ai même servi de potence pour certains, j'ai assisté à des fêtes extraordinaires, j'ai vu le changement, j'ai vu le modernisme croître, j'ai vu tant de chose depuis que ton arrière grand-père m'a mis en terre avec l'aide de ton grand-père. Aujourd'hui tout le monde passe à côté de moi sans me voir, je sers même d'urinoir aux chiens et parfois à quelques hommes, il y en a même certains qui m'ont fait des scarifications sans mon consentement qui me laissent comme des vilains tatouages, d'autre qui éteignent leurs cigarettes sur moi, comme si j'était un vulgaire cendrier, pendant certains conflit j'ai même pris des balles qui sont entrées profond en moi. Depuis longtemps je sers de refuge pour quelques animaux égarés, je sers aussi de nichoir pour des générations d'oiseaux et toi, toi mon ami, mon frère, tu étais où durant toute ses années sans me donner de nouvelle, tu savais pourtant où me trouver, je me rappelle quand tu venais me voir avec tes enfants et ensuite les enfants de tes enfants, jusqu'à ce que tu viennes, quand tu me parlais, quand tu me soignais, quand tu m'enlaçais avec tes bras même si tu ne parvenais pas à faire le tour comme aujourd'hui, je me suis inquiété pour toi et les tiens. Maintenant je sers de décor sur cette place où je me sens bien seul. Le soir je fais office de point de ralliement pour toutes sortes de rencontres pas toujours rassurantes ; tu sais j'en aurais à dire sur ce que j'ai vu et ce que j'ai entendu, il y a même des gens qui se sont confiés.
Maurice ce réveil en sursaut avec la tête de quelqu'un qui sort d'un mauvais rêve.
- Je sais que tu es en colère et qu'elle est justifiée, mais pour l'heure je vais me coucher, il se fait tard, à demain mon vieil ami.
Le platane acquiesce en laissant tomber quelques feuilles aux pieds de Maurice en guise de larme.
- Pourras-tu me pardonner de t'avoir abandonné comme ça ?
Maurice repart d'un pas tranquille vers ''La Grange de Saint Nicolas'' las et fatigué d'une vie trop longue.
Le lendemain Maurice renvoie son petit-fils sur la capitale pour s'occuper de son travail, son petit-fils ayant profité du voyage pour prendre des rendez-vous professionnels durant le séjour de son grand-père. Livré à lui-même, Maurice en profite de son côté pour revoir quelques coins de Chaumont en Vexin et ses alentours, l'endroit où il est né (la maison familiale), son école dans la cour de la mairie, l'église dont l'ascension lui rappelle combien il est difficile de s'octroyer les faveurs du seigneur, là où il a été baptisé, où il s'est marié, où il a baptisé ses enfants et où il a enterré son copain Pierre, il rend visite à une jeune soeur de Madeleine ; une demi-soeur, de quinze ans sa cadette à la maison de retraite de la Compassion, dont l'état de santé décline jour après jour, rattrapée par la maladie d'Alzheimer ; durant la visite, elle ne reconnait pas Maurice. Très secoué par cette rencontre, il va chercher du réconfort au pied du vieil arbre. Le jour d'après, il pousse la promenade jusqu'au cimetière revoir la sépulture de son copain Pierre et d'autres connaissances enterrée là, s'asseyant sur un banc à l'ombre d'un tilleul, se remémorant les quelques noms qu'il avait retrouvés. Il se promène durant plusieurs jours sans oublier de venir voir son vieil ami régulièrement. Durant son pèlerinage il se demande si le fait de revenir, a été si philanthropique que ça, réveiller des vieux souvenir n'est pas un acte anodin et peut vous plonger dans une certaine mélancolie, les quelques mois sans Madeleine lui paraissent une éternité et maintenant il a hâte de la rejoindre. Cela fait presqu'une semaine que son petit-fils est parti sur la capitale et il est grand temps de partir, il ne sera pas là avant le lendemain et s'occupera de régler les formalités de l'hôtel et de tout le reste. Après un diner copieux, seule entorse qu'il se permet dans sa ligne de conduite de retraité, qui est de bien manger, Maurice rejoint le grand Platane, peut-être encore plus vert, plus beau, plus majestueux que d'habitude. Le jour n'a pas encore capitulé et Maurice en profite pour flâner le long des habitations qui mènent au parc de la Foulerie. Il fait le tour du tronc caressant l'écorce presque lisse et vient s'assoir sur la chaise pliante.
- Tu sais, je regrette souvent d'être parti, mais c'était la seule option qui me venait à cette époque, vivre ici avec le souvenir de Pierre n'aurait pas été possible. Tu sais, quand il est mort je suis persuadé que le tueur à hésité entre Pierre et moi, pourquoi a t-il choisi Pierre ? je crois que je ne le saurais jamais.
- Ce n'est pas une raison pour être parti. Nous aurions pu trouver une solution, maintenant je ne connaitrai jamais tes enfants, ni les enfants de tes enfants.
- Oui je sais, peut-être que mon petit-fils viendra en pèlerinage de temps en temps avec, pourquoi pas, ses fils. Tu sais que je suis arrière-grand-père et que la famille continue de s'agrandir ; oh ! Madeleine aurait tant aimé.
- Je me souviens de Madeleine, je me souviens aussi quand vous veniez contre moi, tes premiers émois, tes premiers…
- S'il te plait, arrête.
- Et maintenant, que comptes-tu faire ?
- Pour l'instant je vais me contenter de rester avec toi, je ne peux pas rattraper le temps perdu, mais c'est toujours ça de gagné et demain…et bien demain est un autre jour.
Maurice sent la fatigue le submerger, il s'installe dans la chaise en s'enroulant dans le plaid pour se protéger de la nuit encore fraiche.
Dans le courant de la soirée les gens, encore éveillés, ont aperçu une grosse lumière émaner du platane. Certain disent qu'ils ont vu un grand flash, d'autre, peut-être des gens très fatigués qui sortent des bars, ont vu quelque chose tomber du ciel et ce n'était pas une météorite, ou encore que le ciel s'est embrasé grâce à une opération divine. Il est incroyable de constater que des gens, pour la plus part bien sous tout rapport, peuvent détourner une information, sans même y avoir participé ou même la voir. Tous ces témoins sont quand même unanimes, la chose s'est produite sur la place de la Foulerie. Suite à ce phénomène les gendarmes ont retrouvé la chaise et le plaid sans aucune trace de Maurice, ''La Grange de Saint Nicolas'' n'a pas notée l'heure de son retour et ne l'a pas revu depuis. Ils ont fouillé les alentour de Chaumont, jusque dans les villages les plus proche ; les recherches sont vaines, Maurice reste introuvable.
Cet évènement s'est produit voici plusieurs années, le platane est plus beau que jamais et aujourd'hui encore il n'est pas rare de rencontrer à la nuit tombé, ou même le jour, un vieux monsieur assis au pied du vieux platane.

Marie


Marie DESLANDES contemplait au loin, le magnifique manoir de la Foulerie qui l'avait tant fait rêver dans son enfance. Combien de fois avait-t-elle imaginé, avec son ami Mathieu, de fabuleuses aventures à l'intérieur de ces murs ? Pendant de nombreuses années, elle venait en vacances d'été, chez sa grand-mère, à Montsurvent. C'était un petit village situé à quelques kilomètres du Mont-Saint-Michel dont le seul attrait, pour une petite fille, avait été cette bâtisse médiévale.
Son meilleur souvenir était ce jour où, prenant leur courage à deux mains, Mathieu et elle avaient pénétré dans l'enceinte du château alors que le propriétaire était absent. L'après-midi touchait à sa fin. Ils avaient exploré autant qu'ils le purent le jardin jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent devant cet arbre. Ils ne comprenaient pas pour quelle raison ils ne l'avaient pas remarqué avant alors qu'il se dressait, tel un gardien, à quelques pas du manoir. Pourtant, se rappelait-t-elle, ils avaient été comme envoutés par son feuillage qui donnait l'impression de retenir éternellement et avec le plus d'éclat, les adorables couleurs du soleil mourant. Ce spectacle avait été pour eux, un instant de grâce du haut de leurs dix ans. Mais une voix grave et chaude avait interrompu cette magie.
« − Ce platane n'est pas un arbre comme tant d'autres. »
Les deux enfants s'étaient retournés lentement, s'attendant à voir n'importe quelle expression sauf celle qu'ils virent sur le visage du vieillard qui se tenait face à eux : de l'AMOUR ! L'Amour dont on parle dans les livres saints, celui qui enveloppe notre coeur d'une douce chaleur et d'un bien être incomparable. Puis, les yeux bleus de l'homme les avaient regardés avec bienveillance ce qui avait encouragé Marie à demander timidement :
« − Que voulez-vous dire par là ?
− Cet arbre a une légende ! Il est dit qu'au temps des croisades, le roi Richard Coeur de Lion fut contraint de faire une halte ici même car il fut blessé grièvement par un sanglier. Ses blessures étaient telles qu'il ne lui restait que quelques heures à vivre malgré les bons soins qu'on lui prodiguait. Pendant que le prêtre lui administrait l'extrême onction, il vit de la fenêtre de sa chambre, le platane comme vous venez de le voir. Il eut l'impression qu'une femme lui murmurait qu'il devait se rendre sous l'arbre, afin d'en extraire un morceau d'écorce pour le poser sur ses plaies. Ce geste le sauverait et lui permettrait de continuer son voyage vers les terres de Jérusalem pour libérer le tombeau du Christ. La femme se présenta sous le prénom de Marie.
− Je m'appelle Marie ! N'avait pu s'empêcher de s'exclamer la petite fille.
− Et comme tu le sais certainement, c'est ainsi que se nommait la mère de Jésus, avait repris le vieil homme. Sur cette révélation, le coeur du souverain s'anima d'une foi puissante. Rassemblant ses dernières forces, il ordonna qu'on l'emmène sur les lieux. Il fit exactement ce qu'on lui avait dicté et le miracle se produisit… à chaque endroit où il appliquait les extraits du bois, sa peau se régénérait. »
Un court silence avait suivi les paroles de l'étrange individu. Il s'était ensuite agenouillé devant elle et d'un regard pénétrant, lui avait confié :
« − Ce n'est pas un hasard si, aujourd'hui petite Marie, ton ami et toi êtes venus en ces lieux, prendre connaissance de l'existence de cet arbre mystique. Il fait partie de ta destinée et le jour viendra où elle devra s'accomplir. »
Des frissons l'avaient parcourue gravant cette sorte de prophétie dans son esprit. Là, Mathieu s'était tourné vers elle lui faisant remarquer que la nuit allait tombée et que leur famille allait s'inquiéter. Ils avaient donc prononcé un bref « au revoir et merci » et s'étaient mis à dévaler la colline en direction du village. Ce fut la première et la dernière fois qu'elle vit cet endroit, sa grand-mère ayant quitté ce monde une semaine après.
Maintenant, elle avait trente-trois ans et lorsqu'on lui avait annoncé qu'elle était atteinte d'une tumeur au cerveau, sans espoir de guérison, Marie n'avait eu qu'une idée : revenir admirer le mystérieux platane de la Foulerie, au coucher du soleil. Qui sait, se disait-elle, peut-être qu'en faisant ce que le roi Coeur de lion avait fait jadis pour guérir, le mal qui l'a rongeait disparaitrait ? A cette pensée, un léger sourire se dessina sur ses lèvres.
La légende avait toujours été présente dans un coin de sa tête, et pour une obscure raison, elle avait mené une petite recherche sur le platane, quelques jours avant d'entreprendre le trajet. Elle avait appris que cette espèce était, dans la mythologie grecque, le symbole de la régénération et que dans les textes chrétiens, et elle représentait Marie ! Comment ne pas faire le lien avec le « conte » médiéval et les derniers mots du vieil homme ? La jeune femme ne pouvait s'empêcher de croire avec force au pouvoir de l'arbre. De toute façon, elle n'avait pas d'autre espoir auquel se raccrocher. Elle avait bien conscience que ce n'était que pure folie, cependant elle était bel et bien face à l'imposante porte du manoir. Le coeur battant à se rompre, elle leva le poing pour frapper. Elle n'eut pas le temps de finir son geste, que déjà, quelqu'un apparu sur le seuil.
« − Mathieu ? Mais…mais c'est bien toi ? Qu ..Que fais-tu là ?
La surprise, l'émotion, les images du passé ne permettaient pas à Marie de contrôler les questions qui se bousculaient à ses lèvres.
− Bonjour Marie. Je savais que tu reviendrais. Ne reste pas ici, entre ! » Lui proposa-t-il doucement, lui aussi bouleversé par ces retrouvailles.
La jeune femme n'attendit pas d'être à l'intérieur pour se jeter dans les bras de son tendre ami d'enfance. Elle ne comprenait pas, mais peu importe, elle aurait ses réponses.
Jamais elle n'avait pensé qu'elle reverrait Mathieu un jour. Les aléas de la vie avaient fait qu'ils s'étaient perdus de vue après des correspondances de plus en plus éloignées puis inexistantes.
Les premiers émois passés, le jeune homme l'invita à boire un verre de cidre doux comme lorsqu'ils étaient petits. Et ce fut autour d'une bolée, qu'il lui raconta comment il était devenu propriétaire de cet endroit fabuleux.
L'inconnu qui les avait surpris vingt ans plus tôt, n'avait aucun héritier et on ne sait pourquoi, il avait chargé un notaire de retrouver Mathieu pour lui léguer la propriété.
Lorsque ce dernier avait voulu se rendre sur la tombe de son bienfaiteur, le notaire avait été incapable de lui indiquer où elle se trouvait.
Cela faisait un an qu'il vivait seul dans cette demeure, et il confia à Marie qu'il avait toujours eut le pressentiment qu'une mission lui avait été attribuée. Tant qu'il ne l'aurait pas réalisée, il ne pouvait fonder une famille en toute sérénité.
« − Tu sais Marie, chaque jour, je suis allé me recueillir sous le platane. Il m'apaise et me fait oublier ma solitude. Et ce matin, j'ai su que le moment était arrivé, que quelque chose allait se produire. J'ai tout de suite pensé à toi instinctivement et de façon évidente. Tu sais de quoi je parle ?
− « L'existence de cet arbre mystique fait partie de ta destinée et le jour viendra où elle devra s'accomplir. », prononça dans un murmure, la jeune femme, montrant ainsi qu'elle voyait tout à fait à quoi son ami faisait allusion. Puis, elle lui expliqua à son tour, les raisons de sa présence en concluant, non sans soulagement :
− Tu es certainement le seul sur cette terre à comprendre ma démarche et ne pas me considérer comme une aliénée. Je veux essayer et je suis tellement heureuse que ce soit avec toi ! »
Marie s'interrompit ; Mathieu pleurait ! Des larmes coulaient en silence, le long de ses joues. Il se leva et prit sa compagne par la main pour l'inciter à le suivre dans le jardin. L'air était doux par cette belle fin d'après-midi d'automne. La nature était parée de couleurs d'or et de cuivre et le soleil offrait dans le ciel, des trainées de feu orangées, pourpres et rosées. Quel spectacle magnifique ! Les deux compères étaient à présent devant le platane « sacré ». Le silence les entourait ce qui accentuait le bruit des battements de leur coeur. Sans avoir besoin de mots pour se comprendre, Mathieu resta en retrait pour regarder Marie s'approcher de l'arbre. Elle jeta un rapide coup d'oeil en arrière comme pour se donner du courage, et elle toucha d'une main tremblante l'écorce du végétal. Après quelques secondes d'hésitation, elle en retira délicatement un morceau. Fermant les yeux, tout en faisant une profonde prière à la Sainte Vierge, elle l'appliqua sur son front…
Instantanément, Elle se sentit partir vers une lumière intense pleine de mansuétude. Une légèreté indéfinissable s'empara d'elle. Elle quittait son enveloppe charnelle, transportée par des anges qui lui souriaient dont un, nommé Gabriel, qui menait le cortège. Ils l'approchaient de ce qu'elle pouvait qualifier de « source de l'Amour universel ». Elle ne mourait pas … elle renaissait ! Quand elle reconnut son fils bien aimé qui lui tendait les bras, elle sut que Marie, c'était ELLE !

Mystère place de la Foulerie...


Un matin d'avril de très bonne heure, les deux boulangers du bourg de C....... , non pas fabricants de pain mais policiers municipaux, en faisant leur tournée quotidienne dans le véhicule de service aux armes de la ville, freinèrent affolés sur la Place de la Foulerie, lieu stratégique et ancestral de cette charmante petite ville vexinoise.
Ils se frottèrent les yeux, ils les clignèrent, ils les rouvrirent : Une fois, deux fois. Au milieu de la place encore vide en ce début de journée, le platane, gardien deux fois centenaire de la tranquillité de la cité, aux magnifiques branches aussi protectrices que des bras maternels, cet arbre dont on n'apercevait jamais la cime tant il vous surplombait de sa hauteur, dont le tronc solide, à l'écorce couleur tilleul, plongeait ses racines à des profondeurs inconnues, l'orgueil du bourg, n'était plus là !
Jean-Michel et Jules ne pouvaient pas croire ce qu'ils voyaient ou plutôt ce qu'ils ne voyaient plus !
Ce n'était pas possible ! Ce n'était pas croyable ! Ce ne pouvait pas être vrai !
Le Platane avait disparu. Sans laisser de traces pftt ! Sans indices, pas une branche à terre, pas une brindille, pas une feuille, rien...rien de rien...
Le terrain de boules au sable jaune était toujours là, en face, l'école primaire et ses jolies briques également, le canal de Marquemont au nord aussi, l'église au sud, sur son promontoire veillait toujours orgueilleusement sur les maisons en contrebas, comme une poule sur ses poussins. Mais plus de platane !
« J'appelle immédiatement M. le Maire, » dit le chef .Il composa son numéro de portable ... mais il ne va pas me croire ! »
« M. le Maire, désolé de vous réveiller à 6 heures ! C'est Jean-Michel, nous sommes avec Jules comme d'habitude pour commencer notre tournée, et …c'est fou, M. Le Maire, le PLATANE A DISPARU ! »
- « Quoi ! C'est une blague ! »
- « J'en étais sûr ! Que vous me croiriez pas ! Venez, je vous assure, venez tout de suite... C'est affreux, la Place est toute vide, aban-do-nnée ! C'est une horreur ! Je ne suis pas fou n'est-ce-pas Jules ?
« Oui, M. le Maire, » affirma ce dernier en prenant le portable de son chef ; « je vous assure, le terrain de boules est là, l'école maternelle aussi, le Canal avec de l'eau qui court, l'Eglise ...mais plus de platane ! Venez constater vous-même ».
« Vous m'emmm...avec vos blagues...laissez moi dormir, à plus tard... »
« Non, non venez, j'insiste M. Le Maire, je vous assure ».
« Bon, grommela Le Maire...j'arrive... »
« On vous attend, on ne bouge pas M. Le Maire.
M. Le Maire s'habilla et gagna rapidement à pied la Place de la Foulerie où autrefois les chaumontois foulaient ensemble le lin de leurs champs avoisinants dans une joyeuse effervescence. C'était pour eux, habitués à leur contrée blonde, la mer que beaucoup d'entre eux ne verraient jamais. Il ne fallait pas louper sa délicate couleur bleue les rares matins de juin où elle s'éveillait avec le jour. Car elle s'éteignait avec le soir. M. Le Maire trouvait particulièrement délicate cette plante qui enchâssait le diamant de son bourg comme autant de saphirs. Cette Place, c'était le poumon de sa ville, il y veillait comme à la prunelle de ses yeux. Les Anciens aimaient à y venir jouer aux boules, les Mamans surveillaient les jeux de leurs enfants à la sortie de l'école en papotant avec leurs copines sur les bancs publics, M. Le Curé y vivait tranquille dans son presbytère, c'était l'accès incontournable à l'Ecole Primaire et à l'Ecole maternelle. La Directrice d'école y habitait. Le notaire y avait pignon sur rue et le marché y avait lieu tous les mercredis, ombragé par les branches larges et enveloppantes du platane. C'est là que les manèges s'installaient en septembre pour la fête foraine. Il aimait la traverser pour se rendre de son domicile à la Mairie à pied. C'était un petit plaisir matinal et simple qu'il s'offrait avant sa lourde journée de labeur. C'était le lieu idéal pour tous. Absorbé par ses pensées M. Le Maire ne s'apercut pas qu'il était déjà arrivé. Au débouché de la rue de la Foulerie, en arrivant sur la place après avoir traversé le petit pont enjambant le Canal, il n'en crut pas ses yeux ! Il n'y avait en effet plus rien de majestueux, d'élégant, de beau ce matin sur la place. Le vide. Secoué par cette vision d'apocalypse, il rejoignit rapidement Jean-Michel et Jules près du jeu de boules, tristes, tristes comme des jours sans pain. Il garda le silence.
« Vous voyez comme nous M. Le Maire. On vous a pas menti, dit JM. C'est un mystère pour nous. »
Perplexe, M. Le Maire se pencha sur l'emplacement exact où l'arbre qu'il avait toujours connu, était encore la veille au soir. Il s'accroupit, de sa main, il caressa la terre, il froissa l'herbe environnante, secoua les jeunes buis protecteurs.
« Aucun indice, pas une branche, pas une brindille, pas un bourgeon, il n'a rien laissé...pas même un gros trou, comme un trou d'obus !si, ses chaînes et les buis qu'Hervé avait fait poser pour le protéger des loubards sont encore là. Il a pris comme qui dirait la poudre d'escampette »...soupira M. Le Maire.
« M. le Maire, c'est comme s'il avait été enlevé ...suggéra timidement Jules.
« Oui, par les airs, » reprit Jean-Michel, « comme par une montgolfière », ...et ils levèrent tous les trois les yeux au ciel...Dans l'espoir de voir quelque chose, mais ils ne virent que des oiseaux qui cherchaient eux aussi les branches de leur arbre, en piaillant et criaillant, et qui tournoyaient au-dessus de leurs têtes, inquiets, tristes et déconfits tout comme eux trois.
« Allons faire une investigation aux quatre coins de la Place » On ne sait jamais. »
Côté canal de Marquemont, ils ne trouvèrent que quelques canettes de bière et des boîtes à pizza vides à côté des poubelles prévues à cet effet :
« Evidemment mes clients du dimanche soir... » maugréa M. le Maire.Aucun respect...
Ils remarquèrent de gros étrons côté Allée Saint-Nicolas...
« Evidemment ceux du week-end renchérit Jean-Michel...leurs clébards ont tous les droits...et moi le dimanche je ne verbalise pas ! Ils me narguent...je plains leurs chiens, à ces gens là ! »
« Venez voir par ici » cria Jules qui s'était éloigné du côté des Ecoles, « il y a des traces qui ressemblent à un pied d'éléphant sur chacun des quatre coins de la place, exactement dans l'alignement des quatre ruelles qui y débouchent ...vous voyez, là aux quatre points cardinaux, en partant du lieu de plantation de l'arbre...c'est très curieux » . « En effet dit M. Le Maire qui se baissa sur les empreintes pour mieux voir « et on dirait que quatre piquets ont été enfoncés autour de cette marque de patte d'éléphant, comme si un gros engin énorme, de la taille de la place s'était posé... ».
« C'est quand même pas une soucoupe volante qui nous l'aurait enlevé, notre platane ! » dit Jean Michel...
« Qu'est ce qu'on va dire aux habitants ce matin ? ».
« Ca va être l'affolement général ». On l'aime tant notre platane, c'est comme si on nous avait coupé notre souffle, d'un coup ! Les Anciens les mamans, les écoliers, les institutrices, M. Le Curé, Le Notaire, ils vont tous nous tomber dessus...Sans parler du grincheux du 31 !En plus c'est un arbre de la Liberté, planté au moment des Trois Glorieuses, il est historique ! » expliqua M. Le Maire.
« Eh bien, c'est ça, il en avait marre, il s'est fait la malle...il a repris sa liberté ! » soupira Jean Michel sans une certaine pointe d'humour.
« Je vais aller sonner chez le Notaire, il travaille tard la nuit ...son bureau donne sur la place, il aura peut-être vu ou entendu quelque chose ! » dit Jules à son tour. « On va nous prendre pour des c... » dit M. Le Maire, d'une voix forte. « mais là j'avoue, je sais pas faire ! ».
A ce moment là, Blanche la cloche de l'église Saint Jean-Baptiste donna ses huit doux tintements, les premiers de la matinée... Ding, dong, ding, dong, ding, dong, ding, dong...Le coq sur son lanternon pivota sur lui-même et changea de direction, le vent commençait à souffler...
… le réveil de M. Le Maire sonnait sur sa table de nuit. Il ouvrit les yeux. Sa femme à ses côtés lui dit :
- « Tu as eu un sommeil bien agité ! dis donc... ».
M. Le Maire se frotta les yeux...
- « Ah quel cauchemar j'ai fait, si tu savais... ».
-« Quoi donc ? -« J'ai rêvé que le platane de la Foulerie avait disparu, enlevé, que peut-être une soucoupe volante...
-« N'importe quoi !
-« Ah tu rigoles, mais on n'en menait pas large avec Jean-Michel et Jules...d'abord on ne savait pas quoi faire et puis surtout on était si tristes ! C'était très très laid la Foulerie sans le platane, vide, aucun sens...
- « Ca je m'en doute...C'est la vie de Chaumont, les quatre saisons chaque année renouvelées. Tu te souviens jeunes amoureux, c'est sur son tronc que nous avons gravé un coeur avec nos deux initiales : P et Y , je n'ai jamais oublié... ».
- « Ah oui, c'est vrai...et sur une de ses larges feuilles, c'était l'été, je t'ai donné notre premier rendez-vous pour le hangar à Marie-Jeanne, sur le chemin de la Pissotte... On était si jeunes !
Il faisait si beau ! ».
M.Le Maire se leva rassuré. Il prit sa douche, s'habilla, avala son petit-déjeuner et sortit en sifflotant « Auprès de mon arbre, je vivais heureux, j'aurais jamais dû, m'éloigner d'mon arbre... », la vieille chanson de Brassens, qu'il aimait bien. D'un pas rapide, il descendit la rue de la République, où il habitait, prit la rue de la Foulerie à gauche, son itinéraire quotidien pour la Mairie et au détour de la rue, même s'il n'avait aucun doute, en voyant que le platane était bien là, respira plus librement. Sûrement sa chlorophylle, se surprit -il à penser ; il en souria.Un écureuil grimpa à toute vitesse le long du tronc. Un couple de tourterelles cherchait une branche adéquate pour se poser sur le platane en roucoulant. Les enfants allaient à l'école accompagnés de leur maman, en se bousculant, M. Le Curé avait ouvert ses volets, et le notaire faisait de même. Les vitraux de l'église sur son promontoire, illuminés du premier rayon du soleil printanier, faisaient comme des clins d'oeil aux passants. D'un regard, mine de rien M. Le Maire vérifia que les chaînes du platane étaient en ordre, au loin il entendit quelques notes acidulées, pincées par un clavecin, la journée s'annonçait belle. Il jeta un coup d'oeil à sa montre pour s'assurer qu'il ne serait pas trop en retard. C'était le 1er avril.